Seul sont traitées ici les trouvailles archéologiques des sites proches des localités des départements du Pas-De-Calais et du Nord où ont vécu mes ancêtres. Mon choix se porte aussi sur les sites représentatifs des différentes époques préhistoriques du paléolithique au néolithique et à l’âge du bronze. Cet article n’est évidemment pas exhaustif des découvertes archéologiques réalisées dans les départements du Nord et Pas-De-Calais.
Le Paléolithique ancien
Localisation des sites paléolithiques abordés dans cet article
Aux alentours de Marquise
Les plus anciens indices permettant d’attester la présence de l’homme dans la région datent de l’ère géologique du pléistocène (qui s’étend d’environ 2,6 millions d’années à 12 000 ans avant présent) moyen et de la civilisation des galets (outils non travaillés constitués de pierre éclatée), première civilisation anthropologique du paléolithique inférieur (de 600 000 à 100 000 ans avant présent). Ils se trouvent à Wimereux et à la Pointe-aux-Oies sur le littoral et dateraient de quelques centaines de milliers d’années. En effet, un banc de tourbe affleure à la Pointe-aux-Oies et renferme des silex à patine bleu-foncé ou noirâtre due au contact avec la tourbe, ils sont taillés grossièrement en lames, percuteurs très frusques et de rares nucléi.
Pendant le paléolithique inférieur entre 700 000 et 300 000 ans, la présence humaine est intermittente pendant les périodes où le climat est plus favorable (période interglaciaire), sinon les glaciers nordiques s’étendant alors jusqu’aux Pays-Bas et à la Grande-Bretagne en période glaciaire. L’homme néanderthalien se sert de ces outils grossiers mais efficaces au cours de la première période interglaciaire, chaude mais non tropicale alors qu’abondent dans la région les éléphants et les rhinocéros.
Les escarpements calcaires présents dans la vallée Heureuse à Rinxent-Hydrequent, dans la boutonnière du Boulonnais (Pas-de-Calais), ont livré des occupations préhistoriques par les Néanderthaliens (Homo neanderthalensis) en lien avec des grottes et abris sous-roche, comme dans le sud de la France en Dordogne. C’est à cause des carrières de marbre exploitées dans les environs de Marquise que des érudits les ont explorées à partir de 1842. Les principales séquences ayant livré des niveaux paléolithiques sont :
- l’abri-grotte de la Grande Chambre (Paléolithique moyen – de 100 à 60 millions d’années) : bifaces (civilisation des outils taillés), associé à une faune fossile, comprenant des restes de Mammuthus primigenius – Mammouth laineux et de Rhinoceros tichorhinus ou Coelodonta antiquitatis – Rhinocéros laineux.
Peinture murale d’un troupeau marchant près de la Somme, par Charles R. Knight, 1916, au Musée américain d’histoire naturelle.
- la grotte de Clèves, l’abri Désiré et la grotte de l’abbé Bomy : Paléolithique supérieur (50 à 10 millions d’années) final de « l’âge du renne »
La majorité de ces grottes sont aujourd’hui entièrement détruites par l’exploitation de la carrière ou vidées par les fouilles anciennes.
Le rhinocéros laineux (Coelodonta antiquitatis), également connu sous le nom de rhinocéros à narines cloisonnées (Wikipedia)
Paléolithique moyen, entre 300 000 et 40 000 à 33 000 ans
Aux alentours de Lens
A Vimy, il semble que lors de fouilles d’une briqueterie, une série de type Acheuléen moyen présente un pourcentage élevé de couteaux à dos naturel et les bifaces y sont particulièrement nombreux. Les couteaux tranchants souvent utilisés par l’homme de Neandertal pour la découpe de la viande sont typiques de la période de 130 000 à 50 000 ans avant présent. Pour rappel, le feu est maîtrisé depuis environ 400 000 ans avant le présent par l’homme de Néanderthal.
Bifaces
Enfin pour terminer, à Rouvroy (Acheuléen final), des racloirs variés, des couteaux à dos naturel sont nombreux alors que les outils de type paléolithique supérieur sont rares.
Ci-dessus, couteau à dos naturel
A droite : racloir
Néanmoins, la majorité des sites où des traces du paléolithique moyen et supérieur ont été trouvées se situe plus au sud de Lens, dans la région de Bapaume et Cambrai, en Belgique et ces découvertes ne sont pas détaillées dans cet article à ce stade (si vous êtes intéressés, cf Le Paléolithique dans le Nord de la France).
En effet, au Paléolithique supérieur, les conditions climatiques furent très rigoureuses ce qui explique probablement la rareté des sites archéologiques dans le nord des départements.
L’Homo Neanderthalensis disparaît à cette époque il y a environ 40 000 ans, incapable de résister au froid humide de notre région qui est une immense steppe, prairie où paissent les troupeaux de rennes. Il a néanmoins côtoyé l’homme moderne, Homo Sapiens entre 50 000 et 30 000 ans avant notre ère comme en témoigne le site d’Havrincourt (au sud-ouest de Cambrai).
Glaciation vistulienne (Europe du Nord, équivalente à la glaciation de Würm dans les Alpes) : de – 115 000 vers – 22 000 ans)
Entre 22 000 et 13 000 ans avant le présent (maximum glaciaire atteint il y a environ 21 000 ans), le climat était périglaciaire et donc le niveau de la mer bien plus bas et les sites éventuels et traces des chasseurs-cueilleurs du paléolithique supérieur sont maintenant submergés sous le détroit du Pas-de-Calais.
La réoccupation permanente de la région se place au Mésolithique, à partir de 9 500 ans avant notre ère, avec le radoucissement climatique holocène. A cette époque, les grands gibiers tels que le mammouth laineux et le rhinocéros laineux viennent de disparaître. Les troupeaux de rennes disparaissent aussi avec le réchauffement du climat.
Le Néolithique (fin du Vème millénaire av JC. dans le Nord)
Les recherches sur le Néolithique dans la région ne démarre vraiment que dans les années 1970. On peut citer la découverte des premiers sites du Néolithique ancien (Loison-sous-Lens, Vitry-en-Artois), la reconnaissance d’enceintes du Néolithique moyen (Carvin, Escalles, Mont-Saint-Eloi, Brunémont) ou la mise au jour d’une sépulture collective à Masnières.
Après la dernière période glaciaire, la région se couvre de forêts de feuillus, saules, bouleaux puis ormes, chênes, noisetiers qui servent de refuge à une nouvelle faune, cerfs, sangliers, daims et de réserve de cueillette à Homo Sapiens.
Localisation des sites néolithiques abordés dans cet article
Autour de Lens
L’apparition de l’agriculture et surtout de l’élevage caractérisant le début du Néolithique à la fin du Ve millénaire av. J.-C. est située plus précisément vers 4 900 av J.C. grâce à la découverte à Loison-sous-Lens. C’est au Néolithique ancien que sont édifiées les premières maisons. Dans nos régions, elles étaient construites en bois, sur un plan quadrangulaire ou légèrement trapézoïdal. On n’en retrouve que les trous de fondation des poteaux. À Loison-sous-Lens, les traces des maisons ont été détruites par l’érosion mais on peut en retrouver l’emplacement grâce aux fosses latérales, qui longeaient les parois à l’extérieur.
La période située entre 4200 et 3800 av. J.-C. commence à être bien connue, grâce à la découverte, depuis 2000, de plusieurs enceintes du Néolithique moyen II, couvrant des surfaces de 3 à 7 hectares dont l’enceinte de Carvin » La Gare d’Eau » est typique. Située à proximité de la Deûle, l’enceinte de Carvin ceint une butte bordée de marécages par un système organisé de deux fossés (larges de 0,60 à 3 m et de profondeur de 0,30 à 1,80 m) et deux palissades concentriques, constituées d’environ 1200 poteaux et séparées l’une de l’autre d’une distance d’environ 1,50 m. Ceux-ci s’interrompent fréquemment, selon un agencement précis afin de créer des passages entre extérieur et intérieur de l’enceinte. Le tracé de l’enceinte néolithique dessine un ovale assez régulier et couvre une surface de 5 hectares environ. Dans la surface enclose, outre des structures de stockage, deux bâtiments ont été identifiés. Orientés globalement est-ouest, leur plan est rectangulaire ou trapézoïdal. Ils mesurent une vingtaine de mètres de long et 7 à 8 m de large. Leur charpente reposait sur un axe central de gros poteaux faîtiers.
Site de Carvin Gare d’eau lors des fouilles
Exemples d’artéfacts néolithiques
L’ensemble des structures a livré une grande quantité de mobilier, notamment céramique : 3077 tessons provenant de récipients (23 vases à col créés avec la technique du montage au colombin, jarre, bouteille) et de 12 disques plats en terre cuite de diamètre entre 18 et 22 cm et d’épaisseur de 7 à 9 mm, les assiettes de nos ancêtres ?
La découverte de microlithes utilisés comme armatures de flèches, des lames retouchées et des éclats de haches polies atteste de la continuité de la chasse de la faune sauvage comprenant aurochs, cerfs, chevreuils, sangliers en parallèle du développement de l’agriculture et de l’élevage. Le chien nous accompagne déjà pour la chasse.
Au Néolithique final (entre 3 000 et 1 500 av JC), plusieurs sites de mégalithes constitués de dolmens, allée couverte, de menhirs comme les « Pierres jumelles » à Cambrai ou dans la vallée de la Sensée, de cromlech et polissoirs ont été recensés dès le XIXème siècle. Leur usage serait probablement religieux. Ces pierres levées ont donné lieu à de nombreuses légendes au cours de l’histoire et voici celles des sites de la vallée de la Sensée au sud de Douai :
- La Pierre du diable à Lécluse : menhir de 3,20 m de haut. le diable serait à l’œuvre et ce sont ses traces de griffes que l’on pourrait apercevoir sur la pierre. Un fermier aurait fait un pacte avec le diable alors qu’un incendie détruisait sa grange. Si Satan réussissait à reconstruire la bâtisse avant le chant du coq, il pourrait prendre l’âme du fermier. Mais la femme du fermier imagina un stratagème. Avant l’aurore, elle prit une torche et éclaira le poulailler, faisant ainsi chanter le coq. Satan, dépité de s’être fait berner, se saisit de la pierre qui devait servir au pignon de la grange et la lança violemment au loin. Et c’est là, au milieu d’un champ, qu’elle vint se planter à jamais.
- Le Dolmen d’Hamel, dolmen du bois, Pierre aux Savates ou encore Cuisine des Sorciers : allée couverte encore visible dans la région. Sur la table en pierre, on peut constater des petits trous. On raconte qu’ils servaient aux sorciers pour composer leurs philtres. D’où le nom « Cuisine des Sorciers ». Les trous auraient aussi pu être laissés par les pieds d’une chaise sur laquelle s’assoient les fées lorsqu’elles viennent filer, ou encore par les pas de danse des sorcières…
- Le Cromlech des Sept Bonnettes de Sailly-en-Ostrevent : cinq pierres se font face dans une ronde figée depuis des siècles. Six jeunes filles et un violoniste auraient manqué la messe pour aller danser. Les six demoiselles formèrent une ronde autour du musicien. Mais aux premières notes du violon, ils se transformèrent en pierre. D’autres légendes racontent que le petit groupe a disparu, comme happé dans les entrailles de la terre, et que les villageois élevèrent ces pierres à leur mémoire.
L’âge de Bronze à Douvrin (3 000 à 2 500 av JC)
Des travaux archéologiques furent réalisés par l’INRAP en 2011 et 2012 à Douvrin, rue des Lennes dans le cadre de la construction d’un lotissement. Le site se situe en bordure d’un léger plateau crayeux et borde une pente menant au sud-est vers le vallon du Flot de Wingles, affluent de la Deûle et une zone marécageuse associée à ce dernier. Les fouilles ont mis au jour un enclos circulaire de l’Âge du Bronze avec deux sépultures à inhumation en position latérale fléchie. Le fossé présente un diamètre externe de 27,15 m, est taillé dans le substrat crayeux, montre une ouverture variant de 2,45 à 2,85 m pour une profondeur moyenne conservée de 1,30 m. Il ressemble à une petite cuvette ou doline.
Quelques micro-tessons et un tesson portant un décor réalisé à la fine cordelette (ci-dessous) datant probablement du campaniforme furent recueillis, ainsi qu’un fragment de bois de cerf.
La première tombe est trouvée dans une petite fosse ovale (85 x 45 cm), orientée nord-sud (tête au nord), profonde de 20 cm et contenait les restes d’un enfant âgé de 4 à 7 ans, inhumé en position latérale fléchie, avec les jambes disposées en hyperflexion, ramenées vers le thorax.
La seconde tombe, dégagée à moins de 5 mètres de la première, était installée dans l’espace interne de l’enclos, en bordure immédiate du fossé. La fosse (1 x 0,80 m), orientée également nord-sud (tête au sud), contenait les ossements d’un adulte, probablement de sexe féminin.
Il est fort probable que les sépultures datent du Bronze ancien-moyen, de la fin du troisième millénaire à la première moitié du second millénaire avant notre ère.
On peut imaginer que ces habitants vivaient dans des huttes rondes construites de pierre, de bois et recouvertes de pisé, mélange de boue et de paille, qu’ils se nourrissaient de céréales et autres produits agricoles. La viande, encore rare, provenait de la chasse à l’arc. L’élevage, notamment des moutons est répandu, les hommes et les femmes portent des robes de laine aux genoux.
Les cérémonies sacrificielles occupaient une place centrale dans la vie des hommes de l’âge du bronze. Faute d’explications rationnelles, ils croyaient que des forces surnaturelles régissaient le cours du monde et leur propre destin. Afin de s’assurer la faveur des dieux, ils leur offraient des sacrifices.
Sources :
Bulletin de la Société préhistorique française Année 1971 E&T 68-2 pp. 496-504 – Quelques observations sur le Paléolithique de la Pointe-aux-Oies à Wimereux (Pas-de-Calais) – Alain Tuffreau
Bulletin de la Société préhistorique française Année 1934 31-7-8 pp. 352-359 – Notice archéologique sur la Tourbe submergée de la Pointe-aux-Oies à Wimereux (Pas-de-Calais) – A. P. Dutertre
Gallia Préhistoire Année 1978 21-2 pp. 447-468 – P. Léman – Nord-Pas-de-Calais
Le Paléolithique dans le Nord de la France (Nord-Pas-de-Calais) – Quaternaire Année 1978 15-1-3 pp. 15-25 – A. Tuffreau
Fouille d’un enclos circulaire à Douvrin (Pas-de-Calais, France). La problématique des sépultures annexes à inhumation de l’âge du Bronze en Nord-Picardie. A.Henton
Monchablon Cécile, Baillieu Michel, Bouchet Marie, Goutelard Arnaud, Praud Ivan. L’enceinte Néolithique moyen II de Carvin « La Gare d’Eau » (Pas-de-Calais). Présentation préliminaire. In: Revue archéologique de Picardie. Numéro spécial 28, 2011. pp. 407-419
ARCHÉOLOGIE EN NORD – PAS-DE-CALAIS – HISTOIRE DE LA PRÉHISTOIRE RÉGIONALE. Publication de la DRAC Nord-Pas-de-Calais – Service régional de l’Archéologie. Luc Vallin (SRA)
La Voix du Nord, article du 11 Août 2022 sur la vallée de la Sensée, par Raphaëlle Nowé
Atlas historique – de l’apparition de l’homme sur la terre à l’ère atomique – Perrin
Histoire du Nord – Pierre Pierrard – Hachette