Augustin Joseph LELONG

27 Fév 2026 | Accueil, Biographies

Cet article retrace la biographie d’un enfant, né à Hulluch, élevé à Douvrin et étudiant au Séminaire d’Arras qui, suite à son ordination de prêtre, décide de rejoindre la Société des Pères Blancs d’Afrique et de devenir missionnaire en Ouganda de 1909 à sa mort en 1950.

Intriguée par la mention Révérend Père Augustin Lelong 1901 – 1950 (Katigondo) sur la tombe de la famille Lelong – Dalle au cimetière de Douvrin, j’ai recherché les traces de la vie de Augustin Lelong et publie ici une première version de sa biographie. Celle-ci pourra s’étoffer avec des recherches complémentaires à venir aux archives du diocèse d’Arras et autres, en fonction de mes trouvailles.

Augustin Joseph LELONG

Né à Hulluch, commune sise au sud-ouest de Douvrin dans le Pas-de-Calais, le 15 octobre 1881, Augustin est l’aîné des 6 enfants de Charles Augustin Joseph Lelong (22-02-1850 – 13-02-1918), cultivateur domicilié à Hulluch et de Odile Catherine Joseph Dalle (15-04-1858 – 13-05-1901). Les témoins de sa naissance sont Victor Dubois, 30 ans cultivateur et Pierre Joseph Polvèche, 64 ans, cantonnier d’Hulluch.

Description physique extraite de son dossier militaire de 1901 : cheveux et yeux noirs, front ordinaire, nez moyen, visage ovale, taille 1 m 66

Tombe de la famille Lelong-Dalle au cimetière de Douvrin (Pas-de-Calais) avec indication du Révérend Père Augustin Lelong 1901 – 1950 (Katigondo); la date 1901 ne correspond à rien de mon point de vue.

Son enfance et ses études dans le Pas-de-Calais 1881 – 1906

Charles Lelong est issu d’une ancienne famille de Douvrin et Odile de Hulluch. Le couple, marié en 1880 dans le village de la mariée (Hulluch) – comme le veut la tradition – s’y installe pendant 3 ans avant de revenir à Douvrin où toutes les sœurs et frères d’Augustin sont nés à partir de 1883. C’est le jour anniversaire des deux ans d’Augustin que naissent ses sœurs jumelles Catherine et Julie le 15 octobre 1883. Puis vient son frère Joseph Charles, né le 31 août 1886 et malheureusement mort à 3 ans et demi, écrasé par une voiture à cheval le 17 février 1890, lorsque son frère aîné Augustin a 9 ans.

A la rubrique Faits Divers, extraite du Journal de Roubaix en date du jeudi 20 février 1890 : « Hier, vers 2h de l’après-midi, un terrible accident a mis en émoi la population de Douvrin. Un jeune enfant de quatre ans, Joseph Lelong dont les parents sont fermiers à Douvrin, a eu la tête écrasée par une voiture chargée de fumier appartenant à M. Delcourt*, fabricant de sucre.

Cet enfant traversait la chaussée au moment où le véhicule passait, le domestique Calée Hanache fit tout ce qu’il put pour détourner ses chevaux, mais il était trop tard, l’enfant avait reçu un coup de pied d’un des chevaux sur la tête qui le tuait raide.

Détail curieux : le crochet du fer du cheval était entré dans la tête du pauvre petit et une partie de la cervelle avait jailli sur le sol. »

*Louis Vindicien Albert Delcourt (1853 – 1896), fabricant de sucre

Cet accident a sans doute eu lieu Grand Rue, où habitait la famille et où se situe à une centaine de mètres plus loin l’entrée de la sucrerie Delcourt. De nombreuses charrettes passent Grand-Rue pour assurer l’apport des betteraves sucrières à la sucrerie Delcourt. Cet accident a marqué les esprits et causé beaucoup de peine à toute la famille, Augustin restant ainsi le seul garçon de la fratrie.

Dans les années 1885 – 1890, les parents d’Augustin sont des cultivateurs fermiers assez aisés, habitants au 32-34 quartier Grand Rue à Douvrin ; l’oncle de Augustin, prénommé Joseph, frère aîné du père Charles vit avec eux et deux domestiques assurent le service de la famille au recensement de 1886 : Armand Vermelen un domestique belge, âgé de trente ans et Louise Gorellot, seize ans, la servante qui aide Odile à la maison.  En 1889 et 1896 respectivement naissent les sœurs cadettes de Augustin, Philomène et Marie.

Augustin, faisant preuve de capacités intellectuelles supérieures, est repéré à l’école de Douvrin par l’abbé Fanien, curé de la paroisse depuis le 1er avril 1879 et jusqu’en 1891, et bien connu pour son histoire de Douvrin. Le père d’Augustin accepte qu’il aille dès ses douze ans au petit séminaire d’Arras vers 1893. A cette époque, le petit séminaire correspond aux études secondaires, et dure donc six ans de ses 12 à 18 ans. Le petit séminaire a eu une grande importance sociale jusqu’au milieu du XXe siècle, car c’était souvent l’un des seuls moyens de s’instruire pour les enfants intellectuellement doués vivant à la campagne, que les curés de paroisse repéraient et dont l’Église prenait en charge les années d’études secondaires. C’est aussi au petit séminaire que la petite bourgeoisie catholique envoyait de préférence ses garçons pour qu’ils reçoivent une éducation classique de qualité dans un milieu moralement exigeant. L’internat était la règle et la discipline rigoureuse.

On proposait aux meilleurs d’accéder au grand séminaire et Augustin poursuit et confirme sa vocation vers la prêtrise et les études théologiques en entrant au grand séminaire d’Arras vers 1900 pour y recevoir l’enseignement supérieur catholique pour former les prêtres. Depuis 1843, la durée des études s’étend sur cinq ans : deux années de philosophie et trois de théologie. Toutefois, l’obligation du service militaire imposée aux séminaristes par la loi de 1889 recule le temps de l’ordination sacerdotale.

De plus, on peut imaginer que la vocation d’Augustin fut renforcée en côtoyant son cousin issu de germain, Arnould Joseph Lelong (1866 – vers 1939), abbé et curé depuis 1890 dans les communes environnantes du Pas-de-Calais.

Sa mère Odile décède le 13 mai 1901 à quarante-trois ans, chez elle à sept heures du matin pendant qu’Augustin est au grand séminaire et elle n’aura pas eu la chance de voir son fils ordonné prêtre. Il est à noter que l’orthographe d’Odile a varié au cours de sa vie et en fonction des fonctionnaires d’état civil : Odyle dans les actes de naissance de ses enfants, Audille sur son acte de mariage et de décès, mais elle signait Odile, c’est donc l’orthographe que j’ai conservé dans mon arbre généalogique.

Augustin, de la classe 1900 s’engage volontairement au service militaire pour trois ans le 12 novembre 1901 à partir du bureau de recrutement de Béthune et est affecté au 73ème régiment d’infanterie comme soldat de 2ème classe, jusqu’au 20 septembre 1902 ; on lui accorde un certificat de bonne conduite. Il est envoyé dans la disponibilité à cette date et je suppose qu’ensuite, il poursuit ses études au séminaire d’Arras, car dès le 20 octobre 1902, son adresse mentionnée dans son dossier militaire est sise à Arras, rue des murs St Vaast

Pour achever ses trois ans de service militaire, il accomplit une période d’exercices dans la 1ère section d’infirmiers militaires du régiment d’infanterie de Béthune du 16 août au 12 septembre 1904, puis passe dans la réserve de l’armée active le 12 novembre 1904.

L’ordination sacerdotale d’Augustin est prononcée le 9 juillet 1905, dans sa 24ème année. Je le nomme donc Père Lelong dans la suite de cet article.

Ensuite, il enseigne au collège privé St-Pierre à Calais, où son adresse à partir du 24 octobre 1905 est sise rue du four à chaux. Le professorat l’attirant moins que l’apostolat actif, il entre à Ste-Marie en 1906 pour faire une année de noviciat afin d’éprouver sa foi, comme il est de coutume.

Je ne sais pas encore exactement ce que représente Sainte-Marie, un couvent dans le nord de la France, en Italie près de Rome, en Afrique ? Toujours est-il qu’en date du 5 octobre 1906, l’adresse de référence pour Père Lelong dans son dossier militaire est sise à Alger – Maison Carrée (Maison Carrée est une commune à environ 12 kms de la capitale) où se situe la maison de la Société des Pères Blancs, résidence du supérieur général et y restera jusqu’en 1953, date à laquelle le supérieur général installe ses quartiers à Rome, comme c’est toujours le cas aujourd’hui.

C’est à cette époque que le dossier militaire de Père Lelong indique qu’il est réformé n°2, c’est-à-dire réformé pour une invalidité résultant d’une blessure ou d’une maladie sans rapport avec le service, par la commission spéciale d’Alger le 14 décembre 1906 pour palpitations cardiaques.

L’année de noviciat 1906 terminée, il est envoyé à Rome pour y faire sa probation et y suivre les cours de propagande.

Rappels historiques

Avant de poursuivre la biographie du Père Lelong avec sa carrière missionnaire, j’interromps votre lecture un instant afin de rappeler deux faits historiques qui permettent de mieux comprendre le contexte :

  • La loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905
  • Un résumé de l’implantation des Pères Blancs en Afrique avant l’arrivée du Père Lelong

Loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905

A l’initiative du député républicain-socialiste Aristide Briand, cette loi est l’un des actes de la sécularisation de l’Etat, concluant un affrontement violent qui a opposé deux conceptions sur la place des Églises dans la société française pendant presque vingt-cinq ans, à la fin du XIXème siècle. Je vous invite à lire l’article Wikipédia qui y est consacré : https://w.wiki/_k3No

 Les relations diplomatiques entre la France et le Vatican sont rompues en mai 1904, en effet Pie X est bien plus intransigeant que son prédécesseur successeur de Léon XII, mort en juillet 1903.

En même temps la guerre scolaire, initiée par la loi de 1904 qui supprime les congrégations enseignantes, a fortement désorganisé l’enseignement privé. C’est seulement à l’occasion de la première guerre mondiale que cette question est reléguée au second plan et que l’Union sacrée rassemble la France unie sous la bannière tricolore.

On peut imaginer que toutes ces polémiques exercèrent une influence certaine sur la décision du Père Lelong de préférer l’engagement missionnaire loin de la France au professorat.

Les Pères Blancs en Afrique et en Ouganda

Tout au long de l’histoire des missions, l’Église a encouragé, comme étant une priorité, la préparation d’un clergé autochtone pour les pays nouvellement évangélisés. Dans l’histoire des missions modernes, on peut dire que le cardinal Lavigerie a été un des promoteurs les plus convaincus de ce choix apostolique : rendre les jeunes Églises pleinement elles-mêmes en leur offrant le plus vite possible des pasteurs, catéchistes ou prêtres, et des religieuses issus de leur propre sol.

La société des Pères Blancs a été fondée en 1868 à Alger par Monseigneur Lavigerie, alors archevêque de cette ville et futur cardinal.

En effet, dès son arrivée en Algérie comme nouvel évêque, en 1867, Lavigerie organisa un remarquable service d’accueil pour des centaines d’orphelins victimes de la grande sécheresse qui éprouvait alors le pays après une épidémie de choléra. Le plus grand nombre fut scolarisé, et parmi ces jeunes plusieurs demandèrent finalement à devenir chrétiens. Monseigneur Lavigerie songea alors à orienter quelques-uns d’entre eux vers le sacerdoce, convaincu qu’ils sauraient mieux qu’aucun missionnaire trouver les chemins pour témoigner de la foi et, peut-être, toucher le cœur de leurs compatriotes. Cette première initiative n’eut pas le succès espéré, mais quelques mois plus tard, en 1869, Mgr Lavigerie écrivait en parlant des enfants qui seraient pris en charge dans les missions en Afrique subsaharienne : « On pourra trouver parmi eux les éléments d’un clergé indigène qui, habitué au climat, en supportera facilement les conditions. C’est ainsi que tous les pays chrétiens sont arrivés à la foi et que l’on peut espérer, avec la grâce de Dieu, y ramener ce grand continent. »

Charles Lavigerie fonde sa société des Missionnaires d’Afrique à Maison-Carrée (actuelle El-Harrach) en Algérie française en 1868, avec son noviciat à Alger et le domaine d’Oulid Adda.

Les premières grandes missions confiées aux Missionnaires d’Afrique dans les régions équatoriales correspondent aux régions actuelles des Grands Lacs intérieurs, Tanzanie, Ouganda, Rwanda, Burundi, Zambie et l’est du Congo-Kinshasa, et les premiers missionnaires y arrivèrent dans les années 1878-1879. Mgr Lavigerie avait encore insisté sur la priorité concernant la formation des apôtres autochtones, et en 1874 il écrivait : « Les missionnaires devront donc être surtout des initiateurs, mais l’œuvre durable doit être accomplie par les Africains eux-mêmes, devenus chrétiens et apôtres ». Dans les instructions données aux premières caravanes il reprend ce thème, et il insiste alors sur une première étape à promouvoir, la formation de laïcs catéchistes à qui il serait donné, en plus, une formation de médecins. Il avait la conviction que leur apostolat serait grandement valorisé par leur dévouement et les soins ainsi donnés aux malades. Ce type d’apôtre fut remarquablement illustré par un ancien esclave libéré, Adrien Atiman, qui porta un très beau témoignage, en Tanzanie, jusqu’à sa mort en 1956.

Ces nouveaux territoires de missions furent, dès les années 1880, organisés en plusieurs vicariats apostoliques par le Saint Siège, quatre tout d’abord, puis six peu après, et c’est dans ce cadre que se développa peu à peu l’apostolat pour les vocations. Dès 1891, en Ouganda, les missionnaires forment des catéchistes qui partent visiter les villages, voisins de la mission ou lointains, et cette vocation de catéchiste se développera de façon remarquable dans toutes les missions. Dans ces mêmes régions deux écoles-petits séminaires sont fondées en 1891 et 1892, et on doit mentionner ici les noms des deux vicaires apostoliques qui furent les grands promoteurs du clergé africain, Mgr Hirth et Mgr Streicher. Les petits séminaires ont souvent commencé dans des conditions très précaires, avec des perspectives parfois assez larges qui les situaient, à la fois, comme simples écoles, centres de futurs catéchistes, et petits séminaires, avec souvent des changements de localisation parfois difficiles à suivre avec précision… Dès les premières années de la mission, cependant, chaque vicariat avait le sien et cet engagement pastoral est toujours resté une priorité dans les nouvelles fondations de missions Pères Blancs, aussi bien en Afrique Équatoriale qu’en Afrique de l’Ouest.

Le premier grand séminaire de ces régions des Grands Lacs est fondé en 1893 en Ouganda, à Kisubi, près du lac Victoria, puis transféré plus tard à Bukalassa. Quelques années plus tard, en 1911 le séminaire s’établit sur un nouveau site voisin de Bukalassa, à Katigondo, et c’est là que Mgr Streicher, en 1913, ordonna les deux premiers prêtres de ces régions intérieures, les abbés ougandais Basile Wumu et Victor Womeraka. Quatre années plus tard, en 1921, les territoires confiés aux Missionnaires en Afrique Équatoriale comptent cinq grands séminaires. Le nombre de candidats augmentait et les vicariats apostoliques se firent plus nombreux, et c’est ainsi que fut décidée la fondation d’un grand séminaire régional, regroupant les candidats au sacerdoce de plusieurs vicariats apostoliques, projet qui se concrétisa en 1925 avec l’ouverture du grand séminaire de Kipalapala, près de la ville de Tabora en Tanzanie.

Toutes ces fondations se sont réalisées souvent dans des conditions de précarité qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui : grandes distances à parcourir pour les séminaristes, manque de finances pour les constructions et la nourriture, difficultés pour constituer un corps professoral suffisant, etc. C’est vraiment un témoignage de foi et de courage qui nous touche quand on relit, aujourd’hui, l’engagement des missionnaires de cette époque pour cette œuvre des vocations.

Les 10 premiers prêtres ougandais et Mgr Forbes (1921)

Ainsi, dans les cinquante premières années de leurs fondations missionnaires, les Pères Blancs ont consacré d’importants efforts pour l’émergence d’un clergé africain dans les régions d’Afrique des Grands Lacs et en Afrique de l’Ouest. Cet effort ne se fit pas partout dans l’unanimité générale : parfois les missionnaires se demandaient si de tels projets n’étaient pas prématurés, s’il n’y aurait pas de telles difficultés pour les prêtres et les religieuses africains dans ces régions qu’il serait plus sage d’attendre que les chrétientés soient plus structurées, etc. Paradoxalement ce sont parfois les chrétiens eux-mêmes qui soulevaient ces objections, et il a fallu souvent la conviction forte des vicaires apostoliques et des missionnaires les plus ouverts pour dépasser ces peurs et faire naître et croître peu à peu d’authentiques vocations africaines.

La formation à Rome et Alger puis le début de sa carrière missionnaire 1907 – 1909

Le Père Lelong rejoint donc la communauté des Pères Blancs et arrive à Rome le 18 septembre 1907 pour préparer son doctorat en philosophie, où il se distingue par son sérieux, sa piété, sa ténacité et son engagement. Il participe à la vie communautaire, aux pèlerinages et aux célébrations religieuses.

En octobre 1907, il passe quelques temps à Grottaferrata, commune située au sud-est de Rome où on peut supposer qu’il fréquente le monastère Sainte Marie, de Rocca di Papa et Castel Gondolfo, ainsi que la plus belle bibliothèque grecque d’Italie. Vers le 19 octobre, il retourne à Rome avec le Père Constantin, venu en visite car Père Lelong doit se faire arracher les dents. On lui en arrache sept à la même séance, aussi sa figure reste passablement enflée pendant une petite semaine.

Puis Père Lelong se rend avec le Père supérieur Burtin à Grottaferrata pour la nuit de Noël 1907 et le 30 décembre les Pères étudiants Chuzzeville, Zuure, Verpoorter et Lelong profitent du premier jour de beau temps pour faire à pied le pèlerinage des sept basiliques de Rome :

  • basilique Saint-Jean de Latran, cathédrale du diocèse de Rome, siège épiscopal du pape en tant qu’évêque de Rome ;
  • basilique Saint-Pierre, au Vatican, dédiée dès son origine à saint Pierre, construite au dessus de son tombeau
  • basilique Saint-Paul-hors-les-murs, sur la voie Ostienne, dédiée dès son origine à saint Paul, construite au dessus de son tombeau ;
  • basilique Sainte-Marie-Majeure, la plus ancienne église dédiée à la Vierge Marie en tant que Mère de Dieu
  • basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem, qui garde les reliques de la Passion du Christ
  • basilique Saint-Laurent hors les murs, abritant les reliques de saint Laurent de Rome, diacre et martyr ;
  • basilique Saint-Sébastien-hors-les-Murs, abritant les reliques de saint Sébastien, soldat et martyr, sur la voie Appienne, au-dessus des catacombes du même nom.

Ce pèlerinage, conçu au XVIème siècle par San Philippe Néri et fait par Saint Ignace de Loyola en 1541, est l’une des traditions romaines le plus anciennes. Il s’agit d’une pérégrination de 25 kilomètres au cœur de la ville de Rome qui conduit vers la campagne, en passant par les catacombes, et certaines des magnifiques basiliques romaines, les quatre majeures et trois mineures.

Pendant ce temps, le Père supérieur Burtin se rend au Vatican pour offrir au Saint-Père une étrenne de 2500 francs en faveur du denier de Saint Pierre. A l’occasion de la nouvelle année, il présente au Pape Pie X ses souhaits respectueux ; celui-ci l’en remercie et le prie d’envoyer à notre vénéré Supérieur Général – à l’époque Monseigneur Léon Livinhac (de 1892 à 1922) – tous les souhaits pour ses membres dévoués et pour nos pauvres Africains.

Le 4 février 1908, Père Lelong est atteint de l’influenza, virus de la grippe.

Le 13 février 1908 à Rome, le Père Supérieur de la société des Pères Blancs en compagnie des Pères Mesnage et Lelong va assister à l’audience générale du Pape accordée à l’occasion Comité des fêtes Chrysostomiennes (église grecque catholique, et non orthodoxe, dont le chef a le titre de patriarche d’Antioche et de tout l’Orient) dans l’objectif de représenter les deux séminaires de Jérusalem des Pères Blancs. C’est le Patriarche grec-melchite qui les a présentés lui-même au Saint-Père Pie X, en faisant un grand éloge de la direction spirituelle et intellectuelle donnée aux élèves des séminaires de Sainte-Anne de Jérusalem. Et comme Sa Béatitude (le patriarche) prie Sa Sainteté (le pape) de bénir cette œuvre d’une manière toute spéciale, Pie X de lui répondre aussitôt : “Oh! oui, je les bénis de tout mon cœur !!” Cette bénédiction du Pape, le Patriarche a prié le Père Supérieur des Pères Blancs de lui céder l’honneur de l’annoncer lui-même à nos chers confrères de Jérusalem.

Le 15 mars 1908, le Père Supérieur va faire visite, en compagnie du Père Lelong à Mgr Alfred Williez, évêque d’Arras. Cet évêque aimait tout particulièrement Mgr Anatole-Joseph Toulotte, Père Blanc, évêque d’Afrique et vicaire apostolique du Sahara et du Soudan, explorateur et missionnaire catholique, mort en 1907 à Rome. En effet, Le Père Toulotte avait fait ses études secondaires au collège de Montreuil-sur-Mer et son grand séminaire à Arras. Mgr Williez exprime de vive voix le regret qu’il a éprouvé en apprenant la mort de notre cher prélat, Mgr Toulotte. Il a fait lire la vie du Père Lourdel* pendant la retraite ecclésiastique d’Arras et les prêtres en ont été enchantés. Monseigneur assure qu’il ne contrariera jamais le courant des vocations apostoliques vers les missions des Pères Blancs, tant que Notre-Seigneur le laissera à la tête de son bien-aimé diocèse. Le Père Supérieur remercie Monseigneur de cette haute bienveillance pour notre Société.

*le Père Lourdel, originaire du diocèse d’Arras, né à Dury (Pas-de-Calais) le 20 décembre 1853 et ami de Toulotte fut missionnaire d’Afrique et un des membres de la première caravane pour l’Afrique équatoriale, nommé par Mgr Livinhac, dont l’objectif est d’évangéliser les peuples de la région du lac Victoria. Mgr Toulotte fut le porte-parole des Buganda, royaume le plus important qui a donné son nom au pays Ouganda. Il est décédé le 12 mai 1890 à Rubaga près de Kampala (Ouganda) 

Le 1 juillet 1908, Le Père supérieur Burtin se rend à Campo-Vecchio, près de Grottaferrata, pour y aménager la maison de vacances des Pères étudiants. Il y sera rejoint, le 3, par les Pères Lelong et Zuure.

Le 29 juillet 1908, le Père supérieur rentre de Campo-Vecchio à Rome avec les Pères Lelong et Verpoorter qui sont appelés à Alger – Maison-Carrée pour y achever leur année de probation par un mois de noviciat. Le 31 juillet 1908, départ des Pères Lelong et Verpoorter pour Marseille puis Alger – Maison Carrée par les lignes maritimes régulières.

Ces deux Pères reviennent d’Alger à Marseille fin août et terminent leur année de noviciat à Sainte-Marie à Marseille où sont réunis tous les missionnaires de l’Afrique du Nord et les nouveaux novices de l’année suivante pour assister à la retraite générale du 1er au 9 septembre 1908. Ainsi, 49 missionnaires s’y trouvent réunis pour entendre M. l’abbé Rouvier, de Marseille. À la clôture de cette retraite, six prêtres prononcent le serment de la société des Pères Blancs : Pères Richard (Lyon), Lelong (Arras), Sigward (Nancy), Chevalier (Luçon), Cocaud (Nantes), Verpoorter (Cambrai).

Le 10 octobre, les Pères Joseph Richard, Louis Le Dévedec, Augustin Lelong, Joseph-Marie Verpoorter et Armand Chevalier partent de Marseille pour le Nyanza septentrional, en Afrique de l’Est.

Cher lecteur, faisons une pause concernant la vie de Père Lelong, missionné en Ouganda pour aborder, de manière plus générale quelques rappels de l’histoire de l’Ouganda :

Au début du XIXème siècle, le royaume du Baganda, situé entre les fleuves à l’ouest du lac Victoria est le plus puissant politiquement et commercialement de la région grâce à une centralisation forte sous l’autorité du roi, le Kabaka. Ensuite, les marchands « Arabes », partis de la côte de l’océan Indien, entrent dans l’Ouganda dans les années 1830, ils s’installent tout naturellement à la cour du Kabaka du Buganda. Ces marchands sont suivis dans les années 1860 par les explorateurs britanniques à la recherche des sources du Nil. Parmi les premiers, citons Richard Burton, John Speke et James Grant. Ce sont ensuite des aventuriers de l’Europe entière qui arrivent dans cette région, le plus connu étant Killian Andreu qui est resté plus de 15 ans dans la tribu des Toka. Le haut niveau de centralisation politique du royaume provoque, couplé à la présence du fleuve mythique, une certaine fascination des Européens pour ce que Winston Churchill surnommera « la perle de l’Afrique ».

Il faut attendre l’arrivée des missionnaires protestants en 1877, suivis des missionnaires catholiques en 1879, pour que des Européens s’installent dans le pays. L’implantation des deux missions marque le début d’une campagne d’évangélisation intense, au Buganda tout d’abord puis dans les royaumes dépendants. Cependant, les missionnaires chrétiens se heurtent rapidement à la présence plus ancienne des commerçants arabes et swahili musulmans. Le Kabaka du Buganda, Muteesa Ier, ne se convertit jamais réellement à l’une de ces trois religions. Au contraire, les Baganda (habitants du Buganda) se convertissent en masse au christianisme et au protestantisme. Ce nouveau facteur religieux est rapidement intégré dans l’organisation du royaume au point de devenir un enjeu déterminant dans les guerres civiles de 1889 à 1895.

A l’époque du Père Lelong, l’Ouganda est officiellement un protectorat britannique depuis 1900 et le pays des 4 royaumes est unifié sous le nom d’Ouganda. Ce protectorat dure jusqu’à l’indépendance de 1962 et le roi Muteesa II (1924-1969) en devient le président à vie.

Pendant les missions du Père Lelong, les Supérieurs Généraux de la société des Pères Blancs à Alger, Maison Carrée furent respectivement : Monseigneur Léon Livinhac, Père Paul Voillard, Monseigneur Birraux et Monseigneur Durrieu.

Reprenons maintenant le cours de la vie du Père Lelong …

En 1908, comment se rendre de Marseille à Kampala ? rien n’est dit dans les archives en ma possession, et il est fort probable que la caravane des Pères mutés en Afrique de l’Est ait embarqué sur un bateau de la Compagnie des Messageries Maritimes de Marseille sur la ligne directe entre la France, Zanzibar et les établissements français de l’océan Indien Aden, Zanzibar, Mayotte, Nossi-Bé, Diégo-Suarez, Sainte-Marie, Tamatave, la Réunion et Maurice.  Les départs pour l’Afrique ont lieu le 12 de chaque mois, donc le Père Lelong et ses collègues ont sans doute embarqué le 12 octobre 1908 et sont passés par le canal de Suez, ouvert depuis 1869.

Dans quelques temps, les archives des Bouches-du-Rhône auront achevé la numérisation des listes d’émigrants et des passagers des compagnies de navigation au départ et arrivée de Marseille, ce qui me permettra d’affiner mes connaissances.

Ensuite trajet terrestre sans doute de Mombasa (Kenia à cette époque, devenu Kenya en 1963) à Kampala via Nairobi (décidée capitale en 1905) en passant par le protectorat anglais (au sud, ce sont les Allemands) puis bateau sur lac Victoria pour arriver vers Entebbé en Ouganda.

Le 5 novembre 1908 après quelques jours de repos, les nouveaux confrères se dirigent via Kisubi vers Rubaga. Le Père Richard est nommé à Rubaga, vicaire à la cathédrale de Kampala (Rubaga est un district à l’ouest de la capitale Kampala), le Père Le Dévedec à Entebbé, le Père Lelong à Busubizi, le Père Chevalier à Bujuni, le Père Verpoorter à Gayaza.

Busubizi est situé à environ 50 kms à l’ouest de Kampala et à quelques kilomètres du lac Wamala, à une altitude d’environ 1200 m.

Le Père Lelong est très attendu au poste de Busubizi pour enfin commencer les tournées si nécessaires dans ce vaste district. Le 20 novembre 1908 à Busubizi, c’est la fête car 58 catéchumènes y sont baptisés, avec l’aide des Pères Goulet et Lelong récemment nommés auxiliaires. Le Père Chevalier, en route pour sa nomination à Bujuni et de passage à Busubizi n’a pas pu prendre part à la fête car il est malade des fièvres.

Père Lelong commence son ministère missionnaire actif par une tournée avec le Père Favière du 9 au 19 décembre 1908, entreprise sous les auspices de la Vierge immaculée. Leur tournée fut fructueuse car 18 nouveaux catéchumènes se sont inscrits au catéchisme, 10 enfants pour la première communion et le Père Supérieur a entendu 361 confessions ;  416 communions à l’hostie ont été distribuées et 19 enfants ont reçu le baptême. Déjà à l’époque, les statistiques étaient importantes !

A Busubizi, Père Lelong s’investit dans l’organisation matérielle du poste, la construction d’école et d’église, et la formation des catéchumènes. La propriété du poste de Busubizi est enfin définitivement délimitée, il reste deux bouts de forêt et une cinquantaine de bananeraies. L’église est belle, la maison spacieuse, l’école est en briques, ce qui est important car la première maison des priants est tombée sur la tête des hôtes car, construite en hâte, les piquets branlants n’avaient pas résisté longtemps à la pluie et aux bourrasques. Bientôt, une école pour les enfants de la première communion complétera les constructions.

Tout cela est réalisé avec l’aide du personnel du poste de Busubizi : les Pères E. Favière, P. Eguin, A. Goulet, A. Lelong.

Éducateur et bâtisseur au Petit Séminaire de Bukalasa, à côté de Katigondo 1909-1919

A partir du mois d’octobre 1909, on retrouve le Père Lelong à Bukalasa nommé professeur au Petit Séminaire de Bukalasa où il enseigne le latin. Suite au développement du poste de Bukalasa et à l’issue de la retraite de septembre 1909, le père supérieur P.Viven décide de séparer complètement le petit et grand séminaire à Bukalasa. Ainsi le personnel du Petit Séminaire est réduit à quatre Pères, aidés d’un clerc indigène en probation : Père Viven, professant la première année de latin ; Père Binel, la deuxième; Père Joseph Sallam, la quatrième et cinquième ; Père Lelong, la troisième année de latin; Joanna Muswabuzi est attaché au cours préparatoire. Tout était donc organisé pour le mieux quand, au commencement du Carême, le Père Viven tomba malade, la fièvre rhumatismale continuelle dont il est atteint, a nécessité son départ pour Maison-Carrée. À Pâques, le Père Thériault, en résidence à Villa-Maria juste à côté de Bukalasa vient professer le cours laissé par le Père Viven.

Vue Google Maps 2026 du district de Katigondo, Bukalasa et Villa Maria

En 1910, le grand évènement qui anime la communauté de Bukalasa est le développement de l’imprimerie ; l’activité d’imprimerie démarra bien avant 1906, date à laquelle le Frère Adéodat rejoignit la communauté comme directeur d’imprimerie. En effet, les grammaires, manuels de géographie et d’arithmétique, livre de prières en runyoro (langue bantoue parlée par la population nyoro en Ouganda), livre de méditations de 200 pages, une grammaire luganda des écoles, une liturgie et un lexique latin-luganda de 650 pages sont sortis de l’imprimante automatique à pédale qui pouvait produire jusqu’à 3 à 4000 feuilles par jour. Ce grand travail est heureusement arrivé à terme en août 1911 grâce au Frère Adéodat et à 25 ouvriers indigènes. Et je n’ai pas mentionné des catéchismes, syllabaires, petits prônes, etc. Certaines publications sont copiées à 2000 ou 3000 exemplaires pour les chrétiens.

Fort de ce succès technique et social, la communauté du vicariat décide en 1911 de publier un bulletin mensuel pour satisfaire les chrétiens mais aussi pour contrer les protestants. C’est le Père Gorju, supérieur qui est rédacteur. A la fin de l’année 1911, déjà 2000 chrétiens sont abonnés à « Munno » (Ton Ami) pour la gloire de Dieu et le bien des chrétiens. Des encouragements sont venus de toutes parts : du Gouvernement, des têtes couronnées indigènes, ses premiers abonnés, des Baganda semés aux quatre coins du ciel, bref de tous, même de la presse coloniale de l’East-Africa.

A cette même époque, le Petit séminaire se porte bien ; il comprend 72 élèves qui apprennent le catéchisme, latin, histoire, géographie et arithmétique ; ils sont nourris, vêtus et logés gratuitement en contrepartie de se consacrer sérieusement à leurs études, dans une atmosphère qui semble idéale d’après les lettres d’archives envoyées par les séminaristes à leurs parents « Tu ne te figures pas notre bonheur ! Parmi nous, point de colère, point d’insultes, et jamais de batailles ; malgré notre nombre, nous n’avons tous qu’un seul cœur. Nos Pères sont pleins d’égards pour nous : pas de ces réprimandes intempestives, mais c’est avec douceur et charité qu’on nous signale les points défectueux…. Peut-être as-tu entendu dire que nous avons des travaux manuels, longs et pénibles ? Il n’en est rien ! Une petite heure le matin et dans la soirée, une heure encore, et qui n’est même pas entière. »

L’année démarre en octobre et les études de 5 ans au Petit Séminaire sont organisées comme suit :

  • 1er cours : admis vers 16 ans, les benjamins (au nombre de 23 en 1911) sous la houlette du Père supérieur et d’un indigène ancien élève du séminaire, étudient la grammaire luganda puis démarre le latin en janvier
  • 2ème cours : moins timides, les étudiants sont devenus plus turbulents et plus difficiles à mener, aussi les confie-t-on au Père Binel, qui termine sa cinquième année de séminaire car il a du métier et cette précieuse expérience est bénéfique aux 23 élèves.
  • 3ème cours : 16 élèves menés par le Père Maréchal, la sélection commence à opérer et c’est un bon noyau de jeunes gens, intelligents, travailleurs et promettant pour plus tard.
  • 4ème cours : dirigé par le Père Lelong, il compte 10 élèves. Jeunes gens de vingt ans environ, ils se font remarquer par leur bonne volonté et leur sérieux. De leur excellent esprit dépend aussi celui de toute la communauté. Ils comprennent le latin d’une manière satisfaisante, et si les résultats obtenus par eux ne contentent pas toujours leur professeur, ils sont suffisants et dignes d’éloges.

Le Père Lelong encourage aussi le travail manuel pour inculquer l’humilité et la discipline à ses élèves.

L’année 1912 a été une année de progrès dans la vertu. Les séminaristes ont bonne mine, sans doute grâce au Père économe qui assure l’approvisionnement correct du Séminaire. Cette année s’est terminée dans la joie pour les séminaristes, à la nouvelle que les Pères Basile et Victor allaient recevoir la prêtrise. Jusqu’ici, les jeunes gens n’avaient vu encore aucun des leurs parvenir au sacerdoce.

Basile Lumu et Victor Womereka, les 2 premiers prêtres ougandais, ordonnés le 29 avril 1913.

En 1913, tout le personnel du séminaire (P. Cadet, supérieur, P. Van Ertryck, économe, PP.  Joseph Sallam, Lelong, Joire et Maréchal, Frère Dominique, à l’imprimerie Frère Adéodat) accompagne les deux premiers séminaristes africains jusqu’à leur ordination qui a lieu le 29 avril 1913. La communauté des chrétiens a vu des prêtres Baganda monter à l’autel et distribuer la Sainte Communion à la foule ; ils ont assisté à leur première messe, célébrée au milieu d’une assemblée immense et remplie d’enthousiasme.

Une maison pour ses deux prêtres Baganda est construite sous la direction de Frère Dominique.

Les travaux de la chapelle du séminaire démarrés en 1911 avancent correctement ; les murs dépassent déjà un mètre et une grande quantité de briques cuites permet d’espérer que désormais les constructions marcheront bon train. Le Père Lelong a activement aidé Frère Dominique en choisissant sur place, dans la forêt de Kasonko, les 45 gros arbres donnés par le Gouvernement, les a fait abattre, a organisé l’équipe de scieurs, enfin fait transporter à Bukalasa planches et madriers.

Pendant ce temps, le Père Joire, aidé de quelques séminaristes plus adroits, faisait des autels pour la chapelle.

Moins réjouissant, Père Roussel, le plus jeune de la communauté et sœur Roseline sont décédés cette année 1913 et sont enterrés au cimetière réservé aux Pères, aux Sœurs Blanches, aux Séminaristes et aux Sœurs indigènes.

Début 1914, le Père Joseph Sallam revoyait une dernière fois la grammaire latine avant de remettre le manuscrit à l’imprimerie. Elle est terminée et sera distribuée en septembre prochain. Durant cette année on a également terminé l’impression de l’Histoire de l’Église.

Mi 1914 : la déclaration de guerre a aussi des conséquences au Petit Séminaire, à plus de 6000 kms à vol d’oiseau de l’Europe ; Le Père supérieur est mobilisé ainsi que le Père Joire ; en conséquence, deux mois après la reprise des classes, le Petit Séminaire est constitué comme suit : supérieur, le Père Gorju; professeurs: les PP. Joseph Sallam et Lelong, plus nos trois prêtres indigènes.

Le Père Lelong Augustin n’est pas rappelé en Europe pour participer à la guerre 1914-1918 car il est maintenu par l’armée dans sa situation de réformé n°2 pour « dilatation du cœur, murmures systoliques » (on dirait maintenant troubles cardiaques et souffle au cœur), par décision du consul de France à Zanzibar le 9 février 1915. Enfin maintenu réformé n°2 par le médecin du consulat de France à Zanzibar le 21 septembre 1917 pour « hypertrophie du foie, grande cachexie et rhumatisme chronique » (la cachexie est un amaigrissement extrême).

On peut ainsi supposer que Père Lelong a déjà tous les symptômes de sa maladie de cœur et d’un cancer qui seront les causes de son décès en 1950. Sa vie a dû être si dure, en plus avec les conditions climatiques équatoriales et hygiéniques locales et, malgré tout, il a continué son sacerdoce, on ne peut que louer son admirable résistance.

On pourrait penser que la grande guerre a épargné les contrées d’Afrique de l’Est, il n’en n’est rien car au sud de l’Ouganda et du Kenya actuels, la Tanzanie est une colonie de l’Empire allemand. Ainsi, le 4 août 1914, une communication télégraphique annonçant la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l’Allemagne parvient à l’administrateur général de la colonie allemande, le gouverneur Heinrich Schnee, qui ordonne qu’aucune action hostile ne soit entreprise. Henry Conway Belfield, le gouverneur de l’Afrique orientale britannique, déclare, quant à lui, que « cette colonie (sous-entendu le Kenya) n’a aucun intérêt dans la guerre actuelle ». La raison est, en partie, qu’aucune colonie n’a beaucoup de troupes militaires. Cependant le commandant des troupes stationnées en Afrique orientale allemande, le lieutenant-colonel Paul Emil von Lettow-Vorbeck ignore les ordres du gouverneur Schnee et prépare son armée au combat et le conflit en Afrique de l’Est débute le 5 août 1914 par une escarmouche entre des militaires britanniques et des postes avancés allemands le long de la rivière Kagera sur la frontière avec le Protectorat britannique d’Ouganda, donc à environ 200 kms à vol d’oiseau de Kukalasa. Néanmoins, la suite des opérations militaires se concentrent toujours au sud de l’Ouganda et les missions des Pères Blancs ne sont pas touchées directement et poursuivent donc leurs activités habituelles dans la mesure du possible.

Carte Afrique de l’Est – 1914 – Gallica

Les 3 prêtres indigènes apportent toute satisfaction au Petit Séminaire ; ce sont de bons professeurs, ponctuels, sérieux et très pieux, proches de leurs élèves et appréciés de tous. Ils disent apprécier la vie de règles et ont leur maison, leur régime, leur économat avec le jardin et sont ainsi autonomes dans leur vie pratique si bien qu’ils pourront transporter ce savoir-faire dans une prochaine station. Ainsi dans ce pays christianisé depuis à peine quarante ans, il devient naturel d’avoir des prêtres indigènes et le contingent moyen depuis 3 ans de 5 à 6 élèves envoyés au Grand séminaire pour devenir prêtre démontre que la jeune génération va poursuivre cette voie.

Douvrin : Pendant la même période, en France, les Allemands arrivent à Douvrin le 9 octobre 1914 où la majorité des habitants a quitté le village à pied, évacué vers Béthune ou Arras puis en train vers leur nouveau lieu de résidence. Vers 21h, les Allemands incendient 55 maisons et édifices publics ; il reste environ 450 personnes à Douvrin sur les 3100 environ lors du recensement de 1911 ; Charles Lelong, cultivateur est resté habiter chez lui Grande Rue avec ses deux filles les plus jeunes Julie, 31 ans, célibataire et Marie, 18 ans, la cadette qui se mariera après la guerre en 1920 (référence : extrait de Douvrin HAD Tome 2 page 100). Au recensement « manuel » du 19 mai 1915 ; Charles est toujours présent mais après la bataille de Loos du 25 septembre 1915, au cours de laquelle la ville de Douvrin est presque totalement détruite, on peut le retrouver réfugié (peut-être en Savoie ? où il est décédé en 1918) ; en 1916, à Douvrin, il n’y a plus dix maisons qui tiennent debout, tout est détruit et pillé.

En 1916 à Bukalasa, la grande nouvelle est la célébration des 25 ans du Petit Séminaire de l’Ouganda. Les premières années, de 1891 à 1903 environ furent des tâtonnements et les néobaptisés n’étaient pas mûrs pour le sacerdoce ; l’établissement à Bukalasa date de 1903 avec l’objectif d’y créer un clergé indigène et dès 1910, l’organisation définitive est établie avec programmes, règlements, éditions de livres appropriés aux besoins et surtout contribution assez régulière au recrutement par des choix plus judicieux et une préparation primaire un peu plus soignée.

L’arrangement matériel du Petit Séminaire s’est poursuivi en cette année 1916 avec la chapelle du Vicaire apostolique, chef-d’œuvre de notre regretté vieux Frère Dominique. Le zèle infatigable du Père Lelong l’a meublée : marchepied de l’autel, table de communion, 18 bancs qu’apprécieront les confrères retraitants, quatre confessionnaux, tout cela est sorti comme par enchantement de sa tête ou de ses mains. Le Frère Adalbert a employé ses loisirs du samedi à orner le chœur de peintures simples et de grand goût qu’il nous a déjà fait dans la décoration de notre chapelle mortuaire. Il manque bien des tuiles au toit et des vitres aux fenêtres, mais c’est la guerre.

A la rentrée du 4 septembre 1916, les effectifs du séminaire sont stables avec une soixantaine d’élèves et le personnel est aussi le même : P. Gorju, supérieur; PP. Joseph et Lelong aux 5ème et 4ème cours de latin, et les abbés Yoanna Victor et Basile se partageant les trois autres cours.

Sur le plan matériel, le dortoir des enfants a été nivelé et pavé, et 70 lits, solides et élégants, montés en lanières de peaux ou de ficus, sont venus remplacer les lits de fortune de jadis. La santé des enfants ne peut qu’y gagner. Malheureusement, une épidémie d’ankylostomiase (infection d’ankylostomes – vers nématodes, fréquente des régions tropicales aux conditions d’hygiène insuffisantes) a été l’épreuve de l’année. Douze de nos enfants ont été pris et quelques-uns avant Pâques 1917. Notre infirmier ayant perdu son latin à vouloir identifier ce mal nouveau, rapport est envoyé à Entebbé. Bref, fin mai, la Faculté nous envoie l’un de ses membres : la maladie est reconnue, le remède administré et peu à peu les choses rentrent dans l’ordre. Au moment du départ pour les vacances quelques traînards, que le ver refusait d’évacuer définitivement, continuent à rester à la maison, tandis que d’autres vont faire constater leur guérison à Entebbé. Cette épidémie a mis deux ans avant d’être enrayée totalement et a causé la mort de 28 enfants.

Après l’épidémie, l’année 1918 fut plus florissante pour la santé des élèves malgré l’épidémie d’influenza qui a légèrement secoué les Pères, jeté à bas les femmes de service et mené deux d’entre elles au cimetière. Le Frère Adalbert a achevé de peindre le chœur de notre chapelle, puis de meubler notre sacristie.

La vie nomade des rugandas exaspère quelque peu les Pères car ils ne parviennent pas suffisamment à les fidéliser ; en effet, le moindre prétexte leur fait quitter belle maison et bananeraie bien cultivée. Tantôt il faut suivre le chef appelé ailleurs par le Gouvernement, tantôt on cède aux sollicitations d’un chef de clan enrichi et devenu propriétaire d’un lopin de terre à qui il faut des aides pour défricher et se donner l’illusion de gouverner, tantôt on cherche dans un autre district un meilleur terrain pour la culture du trésor du jour, le coton. Autour de la mission, des villages autrefois bien peuplés sont maintenant quasi déserts. Dans l’espace d’un an on a compté près de 700 chrétiens qui ont quitté le district et presque autant qui nous sont venus d’ailleurs et la même chose se répète chaque année.

En France, le père de Augustin Lelong, Charles, décède le 13 février 1918 dans sa 68ème année à Etrembières, à la frontière suisse, à l’hôpital. A ce moment, il est réfugié vers Evian avec sa fille Julie qui ne s’est jamais mariée. Il sera ensuite enterré dans le caveau familial à Douvrin, après transcription de son décès en 1920. Il n’aura donc revu ni son fils aîné, parti depuis plus de 10 ans en Afrique équatoriale, ni son village Douvrin. On peut imaginer avec la désorganisation de la guerre que Père Lelong fut informé bien tardivement après par sa sœur du décès de leur père.

L’exercice 1919-1920 reste mémorable dans les annales de Bukalasa. Après dix ans de pénibles labeurs, le Père Lelong quitte le Petit Séminaire où il a exercé ses talents d’architecte, d’entrepreneur, de professeur et aussi d’éducateur tout plein de zèle pour la formation de la jeunesse cléricale. On peut dire que, pendant ces dix ans, il fut le pilier, ou plutôt, l’âme de la maison. Malgré son attachement à l’Œuvre du Séminaire, Augustin ne manque pas de rêver aux vastes horizons de la brousse équatoriale. Son désir est réalisé le 8 septembre 1919, à l’arrivée de la caravane des démobilisés. Il cède sa place de professeur au Père Binel, une autre figure historique de Bukalasa, et il se rend à son nouveau poste, à Gayaza, dans le Kyadondo.

Le retour des démobilisés n’amène pas cette seule modification dans le personnel du Petit Séminaire : Le Père Gorju est déchargé du supériorat.

Ici s’achève temporairement la publication de la première partie de la vie du Père Lelong en Ouganda. Dans quelques jours, vous pourrez suivre la suite de son action de 1920 à 1950.